Attention à l’arnaque « au rétroviseur cassé », les cas se multiplient…

La Dépêche du Midi du 24 Mai 2016 :

Rétro cassé : le nonagénaire escroqué de 1 500 € en cash

Hier, Elie et sa fille ont souhaité briser le silence sur cette arnaque au rétroviseur./ Photo DDM, T.D.
Hier, Elie et sa fille ont souhaité briser le silence sur cette arnaque au rétroviseur./ Photo DDM, T.D.

Automobilistes, attention ! Les arnaques au rétroviseur cassé par un autre véhicule reviennent. Elie, 94 ans en a été victime, en circulant en ville, au volant de sa Renault 19 Blanche. Cet ancien déporté dans les camps de concentration, qui a été employé aussi à la mairie de Montauban ne s’en remet pas : «De toute ma vie, je n’ai jamais été victime d’une escroquerie. Je me suis bien fait avoir cette fois. J’ai cru à son histoire de rétroviseur. IL m’a eu par surprise », soupire ce Montalbanais qui a donné 1 500 € en cash à l’escroc pour un rétroviseur cassé. Bien évidemment, le nonagénaire a déposé plainte au commissariat de police. Anne-Marie, sa fille, s’est rendue à la mairie pour signaler aussi l’arnaque. Hier, elle est sortie du silence pour dénoncer au grand public cette arnarque et «une insécurité accrue» dans ce quartier de Lalande.

Au téléphone, l’assureur conseille de payer…

Les faits remontent au mardi 26 avril. Il est 9 heures 45, Elie revient du supermarché. Il roule avenue des Mourets, s’apprête à s’engager sur sa gauche, dans la rue Marcel Guerret, où il réside, quand il entend un bruit. Le nonagénaire se gare en face de la boucherie située au carrefour. Il descend. Un homme d’une quarantaine d’années est sorti d’une BMW blanche et va lui lancer : «Vous m’avez accroché la voiture et cassé le rétroviseur. Vous n’avez rien vu ?» Après avoir noté une vague trace noire sur sa voiture, Elie voit bien que le rétroviseur de l’automobiliste «pendouille.» Il propose de rédiger un constat à l’amiable. Malheureusement, en sortant les papiers d’assurance de sa sacoche, le vieil homme laisse entrevoir aussi qu’il possède, sur lui, pas mal d’argent liquide. N’ayant pas de téléphone portable, Elie accepte l’offre de l’escroc qui dégaine son mobile, appelle le soi-disant assureur et lui détaille la situation. Le scénario bien huilé fonctionne. L’arnaqueur explique à Elie que l’assureur estime que le préjudice n’est pas énorme et qu’il a tout intérêt à négocier à l’amiable pour éviter de payer une franchise qui serait de 2 000 €. L’assureur fantôme évalue la réparation du rétroviseur à 1 500 €. Elie qui a 2 000 € sur lui donne la somme demandée.

 

La Dépêche du Midi du 23 Mai 2016 :

Arnaque au rétroviseur : le fils d’une victime témoigne «pour alerter»

Lundi dernier, le père de Jean-Marc a été victime d'une arnaque au rétroviseur qui lui a coûté 1 400 €./ Photo DDM, archives.
Lundi dernier, le père de Jean-Marc a été victime d’une arnaque au rétroviseur qui lui a coûté 1 400 €./ Photo DDM, archives.

Lundi de Pentecôte, un homme de 85 ans a été victime d’une arnaque au rétroviseur qui lui a coûté 1 400 €. Son fils témoigne pour alerter les personnes âgées et leurs proches car, explique-t-il, «ces escrocs jouent sur du subtil : la psychologie des victimes».

La mécanique est bien huilée et, manifestement, les auteurs de ces méfaits sont parfaitement au courant des ressorts psychologiques à utiliser sur leurs victimes pour parvenir à leurs fins. Et, plus que le préjudice subi, c’est ce dernier aspect qui a incité Jean-Marc à accepter de témoigner après que son père a été la proie, lundi dernier, d’escrocs.

Le jour de la Pentecôte, en effet, alors qu’il rentrait d’effecteur ses emplettes, le père de Jean-Marc, 85 ans, a été victime d’une arnaque au rétroviseur. «Les auteurs savent exactement ce qu’ils font. Ils ont repéré leur victime sur le parking du supermarché, et, sur le chemin du retour, ils se sont garés en bordure de route. Quand mon père est passé avec sa voiture, ils ont simulé un choc, l’ont poursuivi en lui faisant des appels de phare et, quand il s’est arrêté, ils lui ont dit qu’il avait accroché leur rétroviseur», raconte Jean-Marc.

«Ils profitent de la peur de leur victime»

Selon ce quinquagénaire domicilié dans le pays d’Olmes, le coup était parfaitement préparé.

«Pris de panique», l’octogénaire a cru téléphoner à son assureur — les escrocs lui ont fourni le numéro — qui lui a fortement conseillé de régler l’affaire à l’amiable. «Il lui a fait craindre la perte de son permis de conduire si un constat était établi», explique Jean-Marc. «Or, pour mon père, perdre son permis aurait été synonyme de perte d’autonomie et d’une forme de déclassement social». Un autre appel à un faux garagiste plus tard, et la victime était prête à débourser 1 400 €, en liquide.

«Mon père a amené chez lui ces hommes, qui présentaient d’ailleurs très bien avec leur voiture propre, et leur a donné la somme. Heureusement, il y avait l’aide-ménagère, donc ils n’ont pas traîné. Mais qui sait ce qui se serait passé si mon père avait été tout seul ?», interroge Jean-Marc pour qui ces agissements sont «lamentables».

«Ces gens-là profitent de la panique, de la peur, même de leur victime. Laquelle n’a alors qu’une envie : payer et oublier toute cette histoire. Car les escrocs savent que, comme mon père, une personne âgée va vite paniquer si on lui explique qu’elle a causé un accident. Surtout si on lui fait craindre de perdre son permis. Car, au-delà de la perte d’autonomie que cela peut représenter, une personne âgée se rend compte, si elle perd son permis après une visite médicale, qu’elle ne peut plus tenir son image dans la société. Et c’est quelque chose de difficile à avouer à ses proches ensuite car le sentiment de honte est fort», analyse Jean-Marc : «J’ai bien vu comment mon père a réagi lorsqu’il nous a raconté l’histoire».

Avec son témoignage, il espère donc que, désormais, les personnes âgées, et leurs proches, se montreront davantage vigilantes en cas de pareille mésaventure. «Je veux alerter pour que chacun prenne conscience de ce dont les personnes âgées peuvent être victimes. Et mon père n’est pas un cas isolé : celui de ma compagne a été victime de la même arnaque. Cela lui a coûté 2 000 € et cela s’est passé à Toulouse. C’est bien la preuve que des gens comme ça sévissent partout, et pas seulement en milieu rural», lance Jean-Marc.